La Police cantonale fribourgeoise tire la sonnette d’alarme: les cas d’incapacité à la conduite explosent.
Alcool, drogues, médicaments ou fatigue, les dangers sont multiples et les conséquences souvent lourdes. Tour d’horizon d’un phénomène en nette progression.
Girons, fêtes de jeunesse, festivals, soirées entre amis… À l’approche de l’été, les occasions de célébrer se multiplient. Mais ces moments de convivialité cachent une autre réalité, bien plus préoccupante: une augmentation constante des cas d’incapacité à la conduite sur les routes fribourgeoises. La Police cantonale, en adéquation avec la campagne nationale du Bureau de prévention des accidents (BPA), lance l’alerte.
Alcool et drogues
Depuis la fin de la pandémie, les statistiques sont claires. Les cas de conduite sous l’effet de l’alcool, des drogues, des médicaments ou les somnolences sont en forte hausse. De janvier à mai 2025, 360 cas d’alcoolémie ont été enregistrés, contre 342 en 2024 sur la même période et 309 en 2019. Ces chiffres sont d’autant plus parlants que le nombre de personnes contrôlées a diminué. Le ratio d’infractions par contrôle augmente donc sensiblement. Même tendance pour les stupéfiants. Durant l’année 2024, 567 conducteurs ont été interceptés alors qu’ils conduisaient sous l’effet de drogues, contre 442 en 2023. Et ces personnes ont été contrôlées à toute heure de la journée. "Ce n’est plus seulement un phénomène nocturne. On contrôle des personnes positives dès 8 heures du matin", explique Laurent Rey, chef de la Police de la circulation et sécurité routière. La banalisation des substances psychoactives semble s’installer durablement, tout comme l’usage croisé alcool-cannabis ou cocaïne, avec des effets cumulés très dangereux.
Et les conséquences sont lourdes tant au niveau administratif que civil et pénal. Le capitaine Rey indique aussi que certaines personnes refusent de se soumettre aux contrôles (prise de sang ou d’urine): "Il faut savoir que ce refus va également engendrer une mesure de retrait de permis, car le législateur considère l’opposition à l’alcootest ou autre analyse comme une infraction grave. En fonction du type de consommation suspectée, une procédure visant à vérifier que la personne est apte à la conduite avec un potentiel suivi médical est également possible. Contrairement à une croyance répandue, refuser le test ne protège pas – au contraire –, cela complexifie l’établissement des faits." Le danger de la somnolence et des véhicules «de substitution» Autre phénomène en hausse: la somnolence au volant. Les chiffres ont presque doublé entre 2022 (11 cas) et 2025 (20 cas recensés entre janvier et mai). Stress chronique, apnée du sommeil, troubles du rythme de vie ou effets secondaires médicamenteux sont évoqués. "Une fatigue sous-estimée peut avoir des conséquences dramatiques", explique le capitaine. Reste encore le problème des véhicules "de substitution". Sous l’effet de l’alcool, certaines personnes renoncent à la voiture mais utilisent un vélo, une trottinette ou un cyclomoteur. Erreur: ces véhicules sont aussi soumis à la loi. En cas de contrôle ou d’accident, il y aura également des sanctions pour ces comportements.
Face à cette réalité, la Police cantonale adapte ses stratégies. Elle multiplie les contrôles visibles et aléatoires, jour et nuit, semaine et week-end. Des actions de prévention , en lien avec les campagnes du BPA sont également mises en place, avec l’objectif de sensibiliser toutes les générations, notamment les jeunes titulaires d’un permis probatoire.
Un mauvais calcul
Le message est simple: «Si je ne suis pas en état de conduire, je ne prends pas le volant, ni le guidon.» Les taxis, les capitaines de soirée, ou dormir sur place sont autant d’alternatives à privilégier. "Une grande partie des cas d’ivresse sont relevés à très courte distance du domicile", rappelle Laurent Rey. Choisir de conduire sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants est un mauvais calcul, souvent lié à l’illusion trompeuse que le risque de se faire contrôler par la police est faible.
Protéger la population reste la priorité. Derrière chaque contrôle, il ne s’agit pas seulement de sanctionner, mais d’éviter le pire. Car en matière de sécurité routière, une seule décision peut tout changer.
Les bonnes pratiques pour éviter le danger
- Évaluez votre état avant de conduire. Ne prenez jamais le volant sous l’effet de l’alcool, de drogues, de médicaments ou en cas de grande fatigue.
- Ne sous-estimez pas la fatigue. Le manque de sommeil peut être aussi dangereux qu’une consommation de substances.
- Refusez les faux compromis. Prendre une trottinette ou un vélo sous influence n’est pas une solution – les mêmes lois s’appliquent.
- Planifiez vos retours à l’avance. Recourrez à un taxi, désignez un capitaine de soirée ou dormez sur place.
- Ne jouez pas avec les distances. Même pour quelques centaines de mètres, le risque d’accident ou de contrôle est réel.
- Respectez les contrôles. Refuser un test n’annule pas les conséquences, bien au contraire.